Flavia et son spectacle « live » (Flavia Flav Partie 3)

Bonjour, voici la nouvelle installation de ma nouvelle en chantier, Flavia Flav, qui fait suite à Flavia Flav – Partie 2.

En pénétrant dans la pénombre de la salle de spectacle, ses yeux prirent un moment pour s’ajuster. Elle entendit Colas avant de le voir, sur scène à faire son test de son. Elle traversa la vaste étendue du plancher de danse qui, dans quelques heures à peine, allait être remplie de gens se déhanchant – non à son numéro, mais à celui de Colas et ensuite à celui du headliner, qui s’appelait Flames of Game. Elle n’en avait jamais entendu parler, mais à la mi-trentaine passée, elle n’était pas leur public cible. Flavia avait effectué des recherches. Le groupe se voulait « pseudo-poprock » et « anti-establishment » et semblait faire fureur auprès de la génération millénaire. Elle ne savait pas ce que tout cela donnerait, mais elle l’apprendrait ce soir.

Colas termina sa chanson et une voix sur haut-parleur lui confirma que tout était prêt pour le spectacle. Flavia allait demander quand elle aurait droit aux mêmes préparatifs lorsque Colas l’aperçut du haut de la scène.

– Oh! La chemise rouge et le veston! Bien joué, Mme Liboiron, vous avez bien apprivoisé la situation!

Flavia rougit malgré elle, heureuse de son choix et flattée que Colas l’ait remarqué. Elle se racla la gorge.

– Je pense que, rendus ou nous sommes, on peut tenter le tutoiement et le prénom, n’est-ce pas?

Colas s’accroupit au bord de la scène pour s’approcher d’elle.

– Entendu. Tout est prêt. Tu n’as qu’à te reposer avant le spectacle; on a décidé de ne pas te faire faire un test de son; ça fera plus amateur-drôle s’il y a du feedback. Tu es d’accord?

Flavia haussa des épaules.

– À ce point-ci, ça m’est égal. C’est votre show; je ne fais que ce qu’on me demande.

– Génial. Tu es vraiment une fille cool.

Colas se releva et alla ranger sa guitare et discuter avec les membres de Flames of Game, qui venaient d’arriver sur scène. Flavia resta interdite. De toute sa vie, on ne l’avait jamais décrite comme étant « cool ». Posée, responsable, enthousiaste à ses heures, mais jamais « cool ». Elle aurait à la conter à sa sœur, celle-là.

Et en plus, il l’avait qualifiée de « fille »! À l’habitude, ce genre d’épithète l’aurait irritée au plus haut point – Je ne suis pas une fille, je suis une femme! – mais ce soir, soupçonnant que la formation musicale et la foule auraient en moyenne dix ans de moins qu’elle, Flavia jubilait de retrouver son statut de fille.

– Tiens, monte, Flavia, je vais te présenter.

Flavia obéit à Colas et gravit les quelques marches dissimulées d’un côté de la scène. Il lui présenta le chanteur et la chanteuse principaux, Mac et Bryonie, la bassiste, surnommée Gitane, puis les trois autres musiciens au clavier, à la guitare et à la percussion. Incapable de retenir tous ces noms, Flavia les confondit aussitôt. Chad? Evan? Théo? Peu importe, se dit-elle, je ne les reverrai plus après ce soir.

Ils la saluèrent tous chaleureusement, les uns en anglais, les autres en français, la remerciant d’assurer la première partie de leur spectacle.

You are going to be an amazing surprise for our fans. They’re going to go nuts!

Flavia sourit et cacha son malaise; elle essayait depuis la matinée de ne pas ypenser.

Gitane se pencha vers Flavia:

– Ne t’inquiète pas. Quelques minutes suffiront. Je sais que t’es là juste pour ton chum. Au fond, c’est lui qui devrait avoir peur de passer après toi!

La jeune femme rit de bon cœur, sa voix grave disparaissant dans un tintement de rire aigu.

Son chum? Cette grande déesse bronzée s’imaginait que Flavia et Colas formaient un couple? Flavia rougit et voulut rectifier l’erreur, mais sa confusion lui lia la langue. Gitane continua sans se rendre compte de sa bévue:

– Le monde va capoter en te voyant, ça va être malade!

Flavia, de son côté, aurait pu attendre une éternité et ç’aurait été trop tôt.

– Flavia Flav!

Flavia se retourna dans la direction de Bryonie.

– Il faut se décider si vous avez la guitare en entrant onstage ou si Colas vous la passe.

– Je…

Flavia ne savait que dire. Elle avait longuement imaginé le supplice de se retrouver sur scène à jouer et à chanter faux devant des centaines de personne. Or, elle n’avait pas songé à la logistique de la mise en scène. Colas intervint.

– Je pourrais lui donner la guitare de la même façon qu’au micro-ouvert?

Flavia hésita. Elle croyait que ce serait mieux d’arriver sur scène avec la guitare, mais n’osa pas contredire Colas.

– Non, dit Gitane. Ce serait une erreur de tenter de reproduire votre échange. On ne fait pas de théâtre, nous. C’est de la musique pure qu’on fait. Et y’a pas plus pur que toi, hein, Flavia?

Gitane sourit et Flavia hocha la tête. Bryonie fit de même et déclara:

– Sounds good. Flavia Flav en première mondiale, first solo show! Le monde va freaker!

Il faudrait que les gens cessent de lui prédire la réaction du public – Flavia ne pouvait plus refouler sa nervosité. Gitane remarqua son malaise.

– Bon, ça suffit. On va au greenroom, tu viens, Flavia?

Flavia hocha la tête encore, soulagée de quitter la scène. Quelques heures et ce sera fini, se dit-elle. Je retournerai à la maison, prendrai un bon verre de vin et mettrai tout ça derrière moi. En fait, elle aurait voulu descendre un bon verre de rouge en ce moment. Elle regretta de ne pas avoir été assez prévoyante pour apporter son nécessaire de survie. Elle suivit les autres au foyer des artistes, en essayant de garder les papillons, qui avaient pris possession de son estomac, sous contrôle.

Flames of Game, le groupe et ses individus, était chaleureux et accueillant. À mesure qu’approchait l’heure du spectacle, Flavia parvint à oublier ce qui l’attendait en discutant économie et politique avec ses collègues d’un soir. Leur ardeur et de leurs propos intelligents l’étonnèrent au point où elle se mit à s’en vouloir d’avoir cru que ces jeunes gens seraient insipides et mal informés.

Et tout juste lorsque Flavia commençait à se détendre et oublier pourquoi elle était là, un technicien vint avertir les artistes que le spectacle allait commencer dans quinze minutes. Les papillons réapparurent et virevoltèrent de plus belle dans son ventre.

– Ça va aller? lui demanda Colas en s’approchant d’elle sur le divan circa 1970. Elle voulut hocher la tête, mais leva plutôt la main à sa bouche, comme pour empêcher les papillons de s’en échapper.

L’expression enjouée de Colas fit place à un véritable souci. Il lui mit le bras autour des épaules et l’enveloppa de sa chaleur. Ce geste inattendu la sidéra au point de calmer les sursauts de son ventre quelque peu. Elle prit une grande respiration. L’eau de cologne de Colas lui monta à la tête.

– J’ai un cadeau pour toi, dit-il. J’allais te le remettre après le spectacle, mais, réflexion faite, c’est mieux de te l’offrir tout de suite.

De son sac à dos, il retira un sac cadeau dont la jolie forme trahissait une bouteille de vin.

beaujolais

– Un Beaujolais. Français, ajouta-t-il inutilement.

Flavia en fut si touchée qu’elle faillit en verser des larmes.

– Merci, dit-elle d’une toute petite voix. C’est exactement ce que je voulais.

Elle ne put s’empêcher de saisir la bouteille et de la serrer dans ses bras.

– Tu… tu en voudrais tout de suite? demanda Colas.

– Je peux?

– Euh… oui, mais… je suis désolé, je n’y ai pas pensé, je n’ai pas de tire-bouchon.

Gitane intervint alors que Flavia, chagrinée, songeait à gruger le bouchon pour accéder au nectar qu’il enfermait.

– Evan a toujours ça sur lui.

– Always comes in handy, dit un des musiciens en extirpant un vieux canif de sa poche, brandissant fièrement le petit tire-bouchon.

Puis, il tendit la main pour la bouteille que Flavia lui remit après quelques secondes d’hésitation. Une minute plus tard, Flavia dégustait son Beaujolais d’un gobelet rincé à toute vitesse. Les autres musiciens avaient comme politique de ne consommer de l’alcool qu’après leur spectacle. Le goût cassis-framboise du vin la calma aussitôt et elle se sentit égale à la situation.

-Tu es prête?

Flavia ne put qu’hocher la tête encore une fois. Elle déposa son gobelet et se leva du divan, entrevoyant son reflet dans le miroir en face. Elle hésita et passa sa main dans ses cheveux, soucieuse, tout d’un coup, de son apparence.

– Ne t’inquiète pas, lui dit Colas, tu as l’air superbe.

– Parfaite, fit écho Gitane.

Go get ‘em! l’exhorta ChadouEvan.

Colas et Flavia suivirent un technicien jusqu’aux coulisses, d’où on leur indiqua leurs guitares sur la scène. L’anxiété de Flavia reprit de plus belle. Et si elle décevait tout le monde? Colas se pencha vers elle et lui chuchota à l’oreille.

– Merci encore d’être là. Et relaxe. Rappelle-toi que tu as de la chance : tu peux jouer et chanter aussi maladroitement que possible; on va t’adorer et t’en redemander. Tandis que moi…

Flavia ne put s’empêcher de sourire à la mine déconfite de Colas. Il avait raison. Il risquait beaucoup plus qu’elle. Une fausse note de sa part et il perdrait toute crédibilité.  Elle n’eut pas la chance de lui répondre, par contre, car une voix d’annonceur de cinéma retentit du haut-parleur.

Ladies and gentlemen, mesdames et messieurs, welcome to the Flames of Game Illico Tour!

La foule applaudit bruyamment et Flavia sentit ses nerfs défaillir. Elle posa la question qu’elle n’avait osé formuler jusqu’alors.

– Mon doux, ils sont combien?

– La salle peut en accueillir mille cent cinquante. Et on a presque salle comble! répondit Colas avant de se rendre compte qu’un mensonge ou une sous-estimation auraient rassuré davantage sa collaboratrice.

Mais déjà la voix de l’annonceur avait repris.

With the band’s apologies, the opening act is no longer the Salem Globetrotters, but a couple of surprise guests that you’re sure to recognize – Internet sensations Flavia Flav and Colas Câlisse!

– À toi de jouer! s’exclama Colas en plaçant sa grande main dans le bas du dos de Flavia pour lui donner une petite poussée.

Regrettant son choix une dernière fois, Flavia prit une grande respiration et s’aventura sur scène. Aveuglée par les feux des projecteurs, elle put seulement entendre le public. Le bourdonnement de la foule fit place à des exclamations, puis à des applaudissements et finalement à des hululements appréciateurs.

– Yeah, Flavia Flaaaav!

Bon, c’était un début… Elle s’empara de la guitare qui avait été mise à l’avant-scène près du micro debout sous un rond de lumière. Les techniciens avaient mal jugé sa taille et Flavia dut abaisser le micro à la bonne hauteur. Son mouvement causa un sifflement aigu désagréable. La foule gémit et Flavia soupçonna qu’on avait indiqué aux techniciens de monter le coup exprès.

Elle sourit à moitié et salua son public.

– Allô, tout le monde – Hi everybody.

– Woooo! répondit quelqu’un.

– Wou à toi aussi, merci.

Flavia entendit quelques rires appréciateurs et se détendit un peu.

– Bon, vous êtes là pour une petite chanson? A little song, I guess?

D’autres hululements.

– Ok. How does it go again? Oh yeah.

Flavia gratta un accord – peut-être la clé de ré? – et entama son numéro.

C’était moche. Presqu’affreux. Mais, cette fois-ci, au lieu d’un silence inconfortable, la foule lui réserva une bonhomie et un encouragement hors-pair. Vers la fin de son dernier refrain, presque toute la salle chantait avec elle.

– All we are saying, is give peace a chance. All we are saying, is give peace a chance.

Le problème était que, au micro-ouvert, on l’avait interrompue. Flavia n’anticipait aucune interruption cette fois et ne savait comment terminer sa prestation. Alors elle arrêta carrément de chanter et laissa la foule chanter seule. Quinze secondes plus tard, le chant devint graduellement des applaudissements et des cris appréciateurs. Flavia en était amusée.

So, you were doing all the singing. You don’t need me!

– Une autre! s’époumona un spectateur.

Une autre? Flavia était confuse et embêtée. Ça en prenait si peu pour réussir dans ce domaine? Et, elle n’avait rien préparé pour un encore. Qu’allait-elle faire?

Moment de panique. Regard languissant vers la sortie, vers les coulisses. Sourire penaud à la foule qui en redemande. Puis, tout d’un coup, un calme qu’elle n’avait pas encore ressenti sur scène l’envahit et elle sut quoi faire.

– Ok, une autre, mais vous devez chanter avec moi. You sing with me – and everyone knows this song.

Flavia tenta un nouvel accord et se mit à chanter, la foule embarquant dans le jeu aussitôt.

– Alouette, gentille Alouette. Alouette, je te plumerai!

La lettre @ La biblio – un succès!

Deux lettres d'amour au spectacle La lettre

Deux lettres d’amour au spectacle La lettre de Productions Nemesis

C’était devant des spectatrices enjouées que les improvisatrices de La lettre ont repris leur succès extérieur du Festival Fringe de Toronto dans le cadre de la Fête de la culture 2013.

Inspirées par les lettres fournies par les membres du public, Catherine Berthiaume, Barbara-Audrey Bergeron et Audrey Ferron ont incarné des gens à l’épicerie, un cortège de noces, des bijoutiers et des précieuses de Molière.

À leur tour inspirées par le spectacle, deux spectatrices ont rédigé des lettres d’amour chantant les louanges des comédiennes et du spectacle La lettre.

Le plaisir ne manque pas à la Fête de la culture!