Flavia Flav au Franc’Open Mic – Partie 1

Je travaille une nouvelle nouvelle, intitulée, pour le moment, Flavia Flav (à prononcer à l’anglaise). Elle raconte l’histoire de Flavia Liboiron, conseillère financière, qui devient vedette malgré elle, suite à une performance impromptue lors d’un micro-ouvert.

Inspirée par mes passages au Franc’Open Mic, la première scène ouverte francophone à Toronto, où j’en lis une ébauche d’extrait par mois, à mesure que je pose stylo sur papier.

En voici les extraits jusqu’à présent:

 

Flavia Flav

Nouvelle épisodique présentée en feuilleton à Franc’Open Mic

Par A.M. Matte

 

C’est un courriel de sa sœur qui alerta Flavia au nouveau cours qu’allait prendre sa vie. « Tu t’es-tu vu? » titrait la missive. D’ordinaire, Flavia aurait attendu son heure de dîner avant d »en vérifier le contenu, mais l’urgence – et les lacunes grammaticales – qu’elle y lisait l’ont incitée à cliquer pendant ses heures de travail.

Flavia Flav image courriel

Le courriel ne décelait pas plus d’informations, par contre. Une ligne cryptique : « J’sais même pas quoi dire! » suivie d’un lien à une vidéo YouTube. Sa curiosité prit le dessus et Flavia s’aventura sur le site d’hébergement de vidéos.

Elle ne se reconnut pas tout de suite. La vidéo était sombre et filmée à une certaine distance. Le son laissait à désirer, mais c’était bien elle, telle qu’elle l’avait été deux soirs auparavant, guitare à la main et un verre et demi de vin dans le corps, chantonnant faux et grattant les cordes de l’instrument tant bien que mal. Ou plutôt, tant mal que mal à en juger par ce qu’elle entendait de sa performance.

Son souvenir, pourtant, n’était pas aussi mauvais que ce dont elle était témoin présentement. « J’ai dû boire plus que je pensais… » se dit Flavia en souffrant d’une montée de chaleur due à la honte qu’elle ressentait à s’entendre… et qui se multiplia par mille lorsqu’elle remarqua que la vidéo avait ratissé plus de 200 000 vues depuis son affichage hier matin.

Sur le coup, elle cessa de respirer et ne parvint qu’à taper trois mots en réponse à sa sœur avant de se souvenir de son besoin d’oxygène : « Oh. My. G-d. »

AMM-FrancOpenMicJan2016

Il était trop tard pour tenter de retracer le propriétaire – l’ignoble responsable – de la vidéo et lui demander de l’ôter du site; par la fin de la journée, pas moins de quatre collègues étaient passés la voir à son bureau pour lui faire part de comment elle les avait faire rigoler.

“Did you know you were on YouTube? I mean, that’s you, right?”

“I love what they called you, so clever, so nostalgic – Flavia Flav – it’s adorable!”

“It’s so awesome you’re so cool with being so ridiculous online! Good for you.”

“Aren’t you afraid the bosses are gonna see that and fire you?”

Flavia en fut tellement gênée qu’elle manqua de remarquer que ça faisait plusieurs employés qui naviguaient YouTube au lieu d’offrir un excellent service à la clientèle de la banque.

Il n’y avait qu’une chose à faire. Elle prit congé. L’avantage d’être célibataire et bourreau de travail était qu’elle avait bien des jours de congé économisés. Flavia s’offrit donc une semaine de répit enterrée chez elle à ne rien faire sauf le ménage – aussitôt redondant –, la lecture – plaisant mais statique –, et l’évitement d’Internet – abandonné dès son deuxième jour d’exil auto-imposé.

Ça avait été difficile de mettre de côté l’incident de la vidéo. Flavia recevait appel après appel de sa famille et de ses amis, des messages sur Facebook et par courriel, et c’est sans faire mention des commentaires – pour la plupart désobligeants, mais, de temps en temps, positifs et encourageants – sous la vidéo elle-même. Elle avait éteint son téléphone suite à un appel du journal local, qui cherchait sa réaction à cette infamie soudaine. Un « sans commentaire » bien placé n’avait évidemment pas satisfait la journaliste et Flavia redoutait l’article qui allait paraitre. Elle tenta d’éviter de troller YouTube, mais une curiosité morbide l’Attirait continuellement vers son ordinateur portable.

Enfin, lorsqu’il fut question d’elle aux nouvelles en tant que « local Internet sensation Flavia « Flav » Liboiron », elle dut se rendre à l’évidence qu’elle ne pouvait se cacher de l’inévitable. Pour l’avenir rapproché, on allait la reconnaitre et rigoler à ses dépens. Aucune raison, donc, de s’isoler à la maison et jouer à l’ermite. Mieux valait retourner au travail et épargner ses jours de congé pour de vraies vacances. Flavia était loin de savoir qu’elle en aurait bientôt besoin.

Le téléphone sonna et elle répondit en automate.

– Banque provinciale, bonjour?

– Oui, bonjour, euh, c’est madame Liboiron?

– Elle-même.

– Ah, parfait. C’est Colas, euh, Nicolas Dutronc.

– Ah bon? Flavia feignit ne pas le reconnaitre. Comment puis-je vous aider?

À vrai dire, elle savait exactement qui était son interlocuteur. Sa carrure impressionnante l’avait tapé dans l’œil le soir du micro-ouvert – le vin qu’elle avait consommé lui avait permis une fantaisie à la roman Harlequin malgré le fait que le jeune homme devait avoir près d’une douzaine d’années de moins qu’elle.

Flavia tenta de cacher sa surprise et de supprimer l’excitation qui montait en elle. Le jeune Nicolas cherchait sans doute des conseils financiers. Ce qui ne faisait que l’élever dans l’estime de Flavia. Une jeunesse d’un mètre quatre-vingt-quinze – une estimation, rien de plus – à la chevelure noire bouclée et adroitement en désordre, aux mains agiles caressant avec dextérité sa guitare—

Flavia Flav belhommeguitare

– Mme Liboiron?

Rêverie interrompue, Flavia se racla la gorge et reprit en main ses émotions.

-Oui, pardon, continuez, monsieur Dutronc. De quels services financiers voulez-vous discuter?

Il laissa échapper un petit rire à la fois amusé et gêné. C’était mélodieux, c’était charmant.

– Non, désolé, je ne parle pas de services financiers. Je vous demandais de me rendre service. C’est personnel.

Flavia, déboussolée, intriguée et ayant de plus en plus chaud, tenta de maîtriser sa voix et de garder le calme.

– Ah bon? répéta-t-elle.

– Oui, c’est que, c’est génial, on m’a offert d’aller faire la première partie d’un spectacle.

Flavia ne voyait pas comment cette nouvelle la concernait. Le jeune homme poursuivit.

C’est la vidéo, voyez-vous. Mon ami a filmé la soirée du micro-ouvert et l’a mis sur Internet pour me servir de plateforme.

Sueurs froides. Honte renouvelée. Maudite vidéo casse-pieds.

– Je ne sais pas si vous le savez, mais la vidéo a fait fureur.

– Je sais, répondit-elle froidement.

– Alors, si je me suis fait connaître, c’est grâce à vous.

Ton glacial :

– Heureuse d’avoir pu rendre service.

– Justement, il m’en faudrait un de plus. Je suis désolé, mais c’est l’occasion d’une vie et j’ai besoin de vous.

C’était rare qu’un spécimen de la gente masculine – en particulier un spécimen beau, grand, jeune comme celui-ci – lui déclare ardemment avoir besoin d’elle. En fait, ce n’était pas autant rare que jamais. Mais plutôt que de s’attarder à ce sentiment plaisant, Flavia fit place à l’indignation.

– Vous direz à votre ami, monsieur Dutronc—

– « Colas », s’il vous plaît.

– Colas. Vous direz à votre ami, Colas, que sa publication de cette satanée vidéo aurait pu me coûter mon emploi et m’a certainement coûté ma dignité. Je vous demanderais service à votre tour : Ôtez-moi ça de là!

– Mais… mais vous êtes rendue célèbre! On veut vous voir dans le numéro aussi. Je ne serai pas invité sans vous. C’est-à-dire, on nous engage tous les deux, vous et moi, à faire la première partie du spectacle de _______ samedi prochain. Je vous en prie, s’empressa-t-il d’ajouter.

Flavia en était bouche-bée.

– Ce moment de célébrité ne durera pas longtemps, je m’en rends bien compte, alors il faut en profiter, comme on dit : battre le fer pendant qu’il est chaud. Alors, voilà, vous pourriez venir faire partie de mon numéro? Tout ce que vous avez à faire, c’est de répéter exactement vos drôleries de la vidéo.

Ses « drôleries ». Comme si elle avait fait exprès.

 

 

Pour savoir si Flavia va accepter de participer au spectacle, je vous invite à passer au Franc’Open Mic ou revenir me lire ici pour la suite!

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